Le régime spécial des Algériens : l'accord de 1968
Contrairement aux autres ressortissants étrangers, les Algériens ne sont pas soumis au CESEDA (Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile) en matière d'admission au séjour. Ils relèvent d'une convention bilatérale spécifique : l'Accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié à plusieurs reprises par avenants.
Cet accord, signé après l'indépendance de l'Algérie pour régir les relations migratoires entre les deux pays, prévoit un régime distinct et plus protecteur sur certains aspects, mais aussi plus restrictif sur d'autres. Il est fondamental de comprendre cette spécificité avant toute démarche.
Pourquoi cette particularité juridique ?
L'accord franco-algérien constitue une norme supérieure au droit commun des étrangers en application de l'article 55 de la Constitution. En vertu du principe de spécialité, les dispositions du CESEDA ne s'appliquent aux Algériens que dans la mesure où l'accord ne traite pas de la question concernée.
Une demande mal qualifiée juridiquement (par exemple, une demande "L.435-1" du CESEDA pour un Algérien) sera systématiquement rejetée par la préfecture, alors qu'une demande sur le bon fondement aurait pu aboutir. La maîtrise de l'accord franco-algérien est donc cruciale.
10 ans de présence : quelle base juridique ?
L'accord franco-algérien ne contient pas de mécanisme automatique d'admission au séjour après 10 ans de présence. Toutefois, plusieurs voies existent pour faire valoir une longue présence en France.
L'admission exceptionnelle au séjour
Bien que cette notion ne figure pas en tant que telle dans l'accord, le préfet conserve un pouvoir d'appréciation discrétionnaire pour délivrer un certificat de résidence à un Algérien en situation irrégulière, sur la base d'éléments d'intégration, de durée de présence et de circonstances humanitaires. Cette pratique est nourrie par la jurisprudence administrative.
L'article 6-5° de l'accord franco-algérien
Cet article prévoit la délivrance d'un certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" lorsque l'Algérien démontre des liens personnels et familiaux en France tels qu'un refus de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Une longue présence est l'un des éléments essentiels pour caractériser ces liens.
L'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme
En complément, l'article 8 CEDH protège le droit au respect de la vie privée et familiale et constitue un fondement supplémentaire pour faire valoir une longue présence en France. La jurisprudence administrative reconnaît qu'au-delà d'un certain seuil de présence (généralement 10 ans), les attaches en France peuvent à elles seules justifier une admission au séjour.
Les conditions à remplir
Pour espérer obtenir un certificat de résidence sur la base d'une longue présence, plusieurs conditions cumulatives doivent être réunies, même si aucun automatisme n'existe.
Condition 1 : Une présence habituelle et continue
Le demandeur doit prouver une présence effective et habituelle sur le territoire français pendant la durée invoquée. Quelques voyages ponctuels en Algérie ne sont pas exclusifs, mais des absences prolongées ou répétées peuvent compromettre la demande.
Condition 2 : L'absence de menace pour l'ordre public
Le préfet vérifie systématiquement que le demandeur ne représente pas une menace pour l'ordre public. Une mention au B2 ou au TAJ peut compromettre le dossier, même pour des faits anciens. Une vérification préalable du casier judiciaire est fortement conseillée.
Condition 3 : Des éléments d'intégration en France
Au-delà de la simple présence, l'administration apprécie l'intégration globale : maîtrise du français, insertion professionnelle ou recherche active d'emploi, scolarisation des enfants, attaches familiales, activités associatives, contributions fiscales et sociales.
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Demander une consultationLes preuves à apporter pour les 10 ans
La preuve de la durée de présence est l'élément central du dossier. Elle ne peut être rapportée par un seul document : il faut constituer un faisceau d'indices cohérents couvrant chaque année de présence invoquée.
Les preuves les plus solides
- Bulletins de salaire et contrats de travail (même non déclarés, ils peuvent valoir indice)
- Avis d'imposition ou attestations fiscales de non-imposition
- Quittances de loyer, baux et factures EDF/eau
- Justificatifs de scolarisation des enfants (certificats, bulletins)
- Attestations de prise en charge médicale (sécurité sociale, AME, hôpital)
- Factures bancaires, relevés bancaires français
Les preuves complémentaires
- Attestations de proches (à manier avec précaution, valeur probante limitée)
- Photographies datées dans des contextes français reconnaissables
- Adhésions associatives, abonnements transports
- Anciens titres de séjour ou récépissés (si vous en avez eu)
- Tampons d'entrée sur le passeport
L'erreur la plus fréquente est de présenter beaucoup de preuves pour les années récentes et peu pour les années anciennes. Or l'administration cherchera précisément les "trous" dans la chronologie. Idéalement, plusieurs preuves par an, pour chaque année invoquée.
La procédure de demande
La demande de régularisation se fait auprès de la préfecture du département de résidence. La procédure varie selon les préfectures, mais suit globalement les mêmes étapes.
Étape 1 : la prise de rendez-vous
La plupart des préfectures imposent désormais une prise de rendez-vous en ligne via le téléservice. À Paris, la préfecture de police gère les demandes des Algériens via une plateforme spécifique. Les rendez-vous peuvent être très difficiles à obtenir.
Étape 2 : le dépôt du dossier
Le jour du rendez-vous, le dossier complet est déposé. Il doit comprendre : un formulaire de demande dûment rempli, le passeport en cours de validité ou expiré récemment, l'ensemble des preuves de présence, les justificatifs d'intégration, des photographies récentes, et la lettre de motivation rédigée par votre avocat.
Étape 3 : l'instruction
L'instruction peut durer de 3 à 18 mois. Pendant cette période, un récépissé est généralement délivré au demandeur. La préfecture peut demander des compléments d'information ou convoquer le demandeur pour un entretien.
Étape 4 : la décision
La décision est notifiée par courrier. En cas d'accord, un certificat de résidence d'un an "vie privée et familiale" est délivré. En cas de refus, celui-ci doit être motivé et indiquer les voies de recours.
Les écueils fréquents qui font rejeter le dossier
Écueil n°1 : un dossier de preuves incomplet
Présenter une preuve par an, ou des preuves uniquement pour quelques années, est presque toujours fatal. Il faut viser 3 à 5 preuves par an minimum, idéalement réparties sur l'année.
Écueil n°2 : invoquer le mauvais fondement juridique
De nombreux dossiers sont rejetés parce qu'ils invoquent les articles du CESEDA au lieu de l'accord franco-algérien. Le préfet rejette alors comme "demande mal fondée", sans même examiner les pièces.
Écueil n°3 : sous-estimer l'importance de la lettre de motivation
La lettre est l'occasion de raconter votre parcours, de mettre en perspective vos preuves et de souligner les éléments d'intégration. Un dossier transmis sans lettre, ou avec une lettre stéréotypée, perd énormément en force.
Écueil n°4 : un casier judiciaire non vérifié
Une mention au B2 ou un fichage TAJ peut suffire à motiver un refus. Avant le dépôt, il est recommandé de faire vérifier ces fichiers et, le cas échéant, d'engager une procédure d'effacement préalable.
Écueil n°5 : déposer seul un dossier complexe
Compte tenu de la spécificité juridique du régime franco-algérien et de l'importance des enjeux (la décision peut conditionner toute votre vie en France), une assistance juridique est presque toujours déterminante.
Que faire en cas de refus
Un refus n'est jamais définitif. Plusieurs voies de recours sont possibles, dont les délais sont impératifs.
Le recours gracieux
Adressé directement au préfet qui a rendu la décision, dans un délai de 2 mois à compter de la notification. Il est rarement décisif à lui seul, mais peut être combiné avec d'autres recours.
Le recours hiérarchique
Adressé au ministre de l'Intérieur dans le même délai de 2 mois. Il proroge le délai du recours contentieux.
Le recours contentieux devant le tribunal administratif
C'est le recours le plus efficace. Il est formé dans un délai de 2 mois à compter du refus (ou du rejet implicite des recours préalables). Le tribunal peut annuler la décision et enjoindre au préfet de réexaminer le dossier.
Lorsque le refus de titre est assorti d'une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF), les délais de recours sont raccourcis à 30 jours, voire 48 heures en cas de placement en rétention. Un avocat doit être saisi immédiatement.
Faites valoir vos 10 ans de présence en France
Le cabinet HERMERION AVOCATS, situé à Paris, accompagne les ressortissants algériens dans leurs démarches de régularisation. Une analyse précise du dossier maximise les chances d'obtenir le certificat de résidence.
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