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Acquérir une entreprise française quand on est étranger

Acquérir une entreprise française quand on est étranger

Acquérir une entreprise en France quand on est étranger combine deux régimes juridiques distincts : le droit des affaires et le droit des étrangers. À cette frontière se concentrent les complexités les plus coûteuses — contrôle IEF, structure de holding, titre de séjour, fiscalité internationale. Un mauvais arbitrage peut bloquer l'opération ou en compromettre la rentabilité. Voici la feuille de route complète pour 2026.

Au cabinet, nous accompagnons régulièrement des investisseurs internationaux sur leurs opérations d'acquisition en France. Voici la feuille de route que nous déroulons, étape par étape.

Le défi : combiner droit des affaires et droit des étrangers

Pour un investisseur français, acquérir une entreprise française est déjà une opération technique. Pour un investisseur étranger, deux dimensions supplémentaires viennent s'ajouter et structurer toute l'opération.

La dimension affaires

Cession de titres ou de fonds, audit, structuration, négociation, garantie d'actif et de passif, fiscalité de l'opération. Voir notre guide complet sur la cession d'entreprise.

La dimension étrangers

Contrôle des investissements étrangers (IEF) pour les secteurs sensibles, titre de séjour pour piloter l'entreprise depuis la France, fiscalité personnelle de l'investisseur, structuration patrimoniale internationale.

Le risque du conseil unique

Un cabinet de conseil purement « M&A » sans expertise étrangers découvre tardivement les contraintes IEF et les délais de visa, qui peuvent retarder le closing de plusieurs mois. À l'inverse, un cabinet purement « étrangers » manque la dimension fiscale et patrimoniale. Le double conseil intégré est presque toujours payant.

Au cabinet, nous opérons ce double conseil en articulation interne entre nos pôles affaires et étrangers. C'est précisément ce que demandent les opérations transfrontalières — un conseil qui anticipe les interactions plutôt que de les découvrir.

Le contrôle des investissements étrangers (IEF)

Avant tout projet d'acquisition, vérifier si l'opération relève du contrôle des investissements étrangers. Régi par les articles L.151-3 et R.151-1 et suivants du Code monétaire et financier, ce contrôle est exercé par le ministère de l'Économie (Bercy).

Qui est soumis au contrôle ?

Les secteurs sensibles

Liste révisée régulièrement, qui inclut typiquement :

Vérification préalable systématique

Avant tout démarrage d'opération, faire vérifier par un avocat si l'activité de la cible relève d'un secteur contrôlé. Une qualification erronée peut entraîner la nullité de l'opération réalisée sans autorisation, avec restitution des titres et sanctions civiles et pénales.

La procédure d'autorisation IEF

Quand l'opération relève du contrôle, une autorisation préalable doit être obtenue avant le closing.

Saisine et instruction

Dossier déposé auprès de la Direction générale du Trésor. Le ministre dispose d'un délai de 30 jours ouvrés pour statuer après accusé de réception du dossier complet. Phase d'examen approfondi possible, qui peut porter le délai à 75 jours ouvrés.

Trois issues possibles

IssueEffet
Autorisation simpleL'opération peut se faire librement
Autorisation conditionnelleEngagements à respecter (emploi, R&D, gouvernance)
RefusOpération bloquée, recours possible mais limité
Les autorisations conditionnelles

Les engagements peuvent être lourds : maintien d'emplois sur le territoire, conservation d'activités stratégiques en France, gouvernance avec représentation française au conseil, droit de veto de l'État sur certaines décisions. Ces engagements doivent être négociés en amont, pas découverts à la fin de l'instruction.

Calendrier réaliste

Pour les opérations soumises au contrôle, prévoir 2 à 4 mois entre le dépôt du dossier IEF et le closing. Cette phase doit être planifiée dès la lettre d'intention, parce qu'elle conditionne tout le reste du calendrier.

Le statut de l'investisseur : quel titre de séjour ?

Acquérir une entreprise française n'oblige pas l'investisseur à résider en France. Mais s'il souhaite piloter l'entreprise depuis la France, ou simplement s'y installer pour suivre l'investissement, plusieurs titres sont mobilisables.

Passeport talent — Mention investisseur économique

Conçu pour cette configuration. Conditions :

L'avantage clé

Le conjoint titulaire de la carte famille est autorisé à travailler sans démarche supplémentaire, et les enfants reçoivent un titre aligné. Pour les familles, c'est un avantage décisif sur le passeport talent classique.

Passeport talent — Mention mandataire social

Pour ceux qui prennent un mandat social dans la société acquise (président, directeur général, gérant). Conditions différentes :

Visiteur

Pour les investisseurs qui ne souhaitent pas exercer d'activité professionnelle en France mais souhaitent y résider. Pas de droit de travailler. Voir notre guide passeport talent pour le détail des mentions.

Choix de la mention : audit en amont

Selon la structure d'acquisition (holding française, prise de mandat, profil familial), une mention sera plus favorable que les autres. Au cabinet, c'est l'un des arbitrages que nous conduisons systématiquement avant le démarrage de l'opération.

La structure de l'acquisition

Trois grandes structures coexistent pour acquérir une entreprise française quand on est étranger.

Acquisition directe par personne physique étrangère

L'investisseur acquiert directement les titres de la société française. Simple, mais la fiscalité personnelle dans le pays de résidence peut être lourde, et la transmission patrimoniale future est moins flexible.

Acquisition via une holding étrangère existante

L'investisseur fait acquérir la société française par une holding existante (au Luxembourg, en Suisse, aux Émirats, etc.). Permet d'optimiser la fiscalité internationale et la transmission, mais expose à un examen renforcé en cas de contrôle IEF.

Acquisition via une holding française dédiée

L'investisseur crée une holding française qui acquiert les titres. Structure souvent privilégiée pour les acquisitions significatives parce qu'elle facilite le contrôle IEF, sécurise la fiscalité française, et s'articule bien avec le passeport talent investisseur économique.

StructureAvantageInconvénient
DirecteSimplicitéFiscalité personnelle lourde
Holding étrangèreOptimisation internationaleExamen IEF renforcé
Holding françaiseArticulation IEF/titreCoût de structuration
La holding française : option dominante

Pour les investisseurs non européens qui s'installent en France, la holding française est presque toujours la structure dominante. Elle permet de présenter une opération maîtrisée à Bercy, d'ouvrir le passeport talent investisseur, et de structurer la fiscalité française dans des conditions favorables.

Fiscalité de l'investisseur étranger

La fiscalité d'un investisseur étranger dépend de sa résidence fiscale et de sa structure d'acquisition.

Résidence fiscale française

Si l'investisseur s'installe en France et y devient résident fiscal, il est imposé sur ses revenus mondiaux. Plusieurs régimes spécifiques peuvent s'appliquer.

Régime des impatriés

Article 155 B du CGI. Pour les salariés et dirigeants impatriés en France après 5 ans de résidence à l'étranger : exonération partielle pendant 8 ans des suppléments de rémunération liés à l'impatriation et de certains revenus passifs étrangers.

Conditions strictes

Le régime des impatriés est encadré par des conditions précises (rémunération minimum, structure du contrat, durée d'impatriation). Une articulation contractuelle inadaptée peut faire perdre le bénéfice. À structurer avec un fiscaliste avant la prise de fonctions.

ISF et IFI

L'investisseur résident fiscal français est soumis à l'impôt sur la fortune immobilière (IFI) sur ses biens immobiliers détenus directement ou indirectement, en France comme à l'étranger. La structuration de la holding et la nature des actifs déterminent l'exposition.

Conventions fiscales internationales

La France a signé des conventions fiscales avec la plupart des pays. Ces conventions évitent la double imposition et fixent les modalités d'imposition des dividendes, intérêts, redevances. Vérifier précisément la convention applicable est indispensable.

Le calendrier coordonné

Une opération d'acquisition par un investisseur étranger combine plusieurs calendriers qui doivent être articulés.

PhaseDuréeTravail principal
Audit et structuration4-8 semainesAudit cible, choix structure
Création holding française4-6 semainesStructuration et immatriculation
Dépôt IEF Bercy30 j ouvrés (ou 75 si phase 2)Instruction Trésor
Demande visa investisseur6-12 semainesProcédure consulaire
Due diligence et SPA8-16 semainesNégociation, GAP
Closing1-2 semaines après autorisationsSignature et exécution
8 à 14 mois pour une opération bien orchestrée

L'investisseur étranger doit anticiper que l'opération prendra plus de temps qu'une cession purement domestique, principalement à cause des procédures administratives parallèles (IEF, visa). Cette anticipation est elle-même un facteur de qualité de l'opération.

Les pièges spécifiques aux investisseurs étrangers

1. Sous-estimer le contrôle IEF

Une opération réalisée sans autorisation IEF dans un secteur contrôlé est nulle. Les titres doivent être restitués, et l'investisseur s'expose à des sanctions. Vérification systématique du secteur en amont, dès la lettre d'intention.

2. Ne pas anticiper le titre de séjour

L'investisseur arrive parfois avec un visa Schengen court séjour pour finaliser l'opération, et se retrouve sans droit de séjour pour piloter ensuite la société. Demande de passeport talent à anticiper plusieurs semaines avant le closing.

3. Mauvais choix de structure

Une acquisition directe sans holding française peut bloquer l'éligibilité au passeport talent investisseur, et alourdir la fiscalité personnelle. La structure se choisit en amont, pas après le closing.

4. Engagements IEF non anticipés

Quand l'autorisation IEF est conditionnelle, les engagements pris (emplois, R&D, gouvernance) deviennent contraignants pendant des années. Les négocier en amont avec un avocat formé à la matière est presque toujours payant.

5. Sous-estimer la fiscalité de transmission

L'investisseur étranger qui acquiert sans planification patrimoniale s'expose à une fiscalité de transmission lourde en cas de décès ou de cession future. La structuration patrimoniale doit être pensée dès l'acquisition.

Le moment critique de l'avocat

Idéalement dès la décision d'investir en France, avant même la lettre d'intention. Faire intervenir l'avocat seulement à la rédaction du SPA prive l'investisseur des leviers d'optimisation fiscale et de structuration. C'est l'opération où l'anticipation fait gagner le plus.

Pourquoi le double conseil affaires + étrangers est essentiel

Sur les opérations d'acquisition par investisseurs étrangers, l'expérience démontre une corrélation directe entre la qualité du conseil intégré et l'issue de l'opération.

Trois compétences à coordonner

L'avantage du conseil intégré

Quand ces compétences travaillent en silos, les arbitrages sont sous-optimaux : la holding choisie pour la fiscalité ne convient pas à l'IEF, le titre de séjour demandé ne s'articule pas à la structure. Quand elles sont intégrées en amont, l'opération est calibrée dès le départ et le calendrier compressé.

Notre approche au cabinet

Au cabinet HERMERION AVOCATS, nous intervenons sur les deux dimensions — droit des affaires et droit des étrangers — dans une approche coordonnée. Pour les questions fiscales internationales complexes, nous travaillons avec des fiscalistes partenaires sur des cabinets de référence.

Cette articulation est ce qui distingue un accompagnement de cabinet généraliste d'un accompagnement adapté aux spécificités des opérations transfrontalières. Sur ce type d'opération, c'est l'écart entre une acquisition réussie et une acquisition qui dérape.

Questions fréquentes
Suis-je obligé de m'installer en France pour acquérir une entreprise française ?
Non. L'acquisition peut se faire à distance, sans installation en France. Mais piloter ensuite la société sans titre de séjour expose à des contraintes (séjours limités à 90 jours sur 180 en visa Schengen). Pour les opérations significatives, le passeport talent est presque toujours la voie de référence.
Le contrôle IEF s'applique-t-il aux investisseurs européens ?
Pour les investisseurs UE et EEE, le contrôle s'applique de manière allégée et seulement sur certains secteurs très sensibles (défense notamment). Pour les investisseurs hors UE, le contrôle est plus systématique et plus large.
Combien coûte une opération d'acquisition par un investisseur étranger ?
Variable selon la complexité, le secteur, la structure. Pour les opérations significatives, un forfait fixe est convenu par convention écrite avant toute mission, parfois assorti d'honoraires de résultat. La consultation préalable est déductible du forfait en cas de signature.
Mes enfants pourront-ils étudier en France ?
Oui. La carte famille passeport talent autorise les enfants mineurs à résider en France et à y être scolarisés sans démarche supplémentaire. Pour les enfants majeurs, ils relèveront du régime des étudiants étrangers.
Peut-on créer une holding française même si on n'est pas encore résident ?
Oui. La création d'une SAS ou SARL française est ouverte aux non-résidents. Le mandat social peut être exercé depuis l'étranger, sous réserve d'un titre de séjour si l'on souhaite venir régulièrement en France.
Que se passe-t-il en cas de refus IEF ?
L'opération ne peut pas être réalisée dans la structure prévue. Plusieurs options restent ouvertes : restructurer l'opération pour réduire la portée, négocier des engagements complémentaires, ou abandonner. Un recours contentieux est possible mais ses chances sont limitées en matière d'IEF.
Faut-il prévoir un avocat français en plus du conseil de mon pays d'origine ?
Indispensable. Le conseil étranger ne maîtrise pas les spécificités françaises (IEF, fiscalité, titre de séjour). L'articulation entre le conseil étranger et le conseil français est elle-même un facteur de qualité de l'opération.

Vous préparez une acquisition en France ?

Le cabinet HERMERION AVOCATS accompagne les investisseurs internationaux sur leurs opérations d'acquisition en France : structuration, contrôle IEF, titre de séjour passeport talent, négociation, fiscalité. Premier audit confidentiel pour évaluer le projet et le calendrier.

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